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J’ai toujours été persuadée qu’on pouvait changer le monde à travers l’image, celle qui témoigne, celle qui inscrit dans le temps l’instant si vite disparu, celle qui grave dans l’histoire. La photo depuis si longtemps sert le militantisme et les causes honorables que l’on choisit de défendre. Mon combat est celui pour les droits des femmes et depuis que je me suis engagée c’est à travers mon appareil photo que je lutte. J’ai commencé en accompagnant quelques actions « choc » : à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, les représentantes de l’association féministe “Nous Toutes” ont marché du commissariat de police jusqu’au Palais de Justice déposant tous les quelques pas une paire de chaussures ou un message collé au sol. Cette marche représente le combat que mènent les victimes de leur dépôt de plainte à la justice finalement rendue, qui parfois peut durer plusieurs années. J’ai découvert comment les femmes s’approprient la rue, lieu si hostile pour elles, dès la nuit tombée. Certaines refusent de longer les murs le regard baissé mais préfèrent les recouvrir fièrement de leurs slogans, ces héroïnes nocturnes qui ne veulent plus sortir courageuses mais libres, qui bravent l’interdit pour se sentir si puissantes.

Pour la Journée internationale des droits des femmes, des centaines de personnes se sont rassemblées dans les avenues de la ville, clamant leurs droits, leurs libertés et leurs fiertés. Elles apparaissent comme un corps bruyant affluant des ruelles et s’écoulant lentement. Je crois qu’il est essentiel d’accorder autant d’importance à chaque individu, car c’est chacun.e d’elleux qui font un mouvement, une révolution. Alors plutôt que de prendre de larges plans d’une foule en colère parsemés de pancartes taguées, je prends des portraits. Il s’agit de donner de la valeur, à travers l’objectif, à des femmes « banales », « normales », ni « belles » ni « charismatiques » selon des critères sociaux subjectifs et arbitraires, qui se fondent dans la masse humaine. Car elles sont celles sans qui la foule n’existerait pas. Cette foule et cette force, cette immense sororité, toutes debout pour lutter ensembles, toutes différentes mais se battant sur le même front.

Ces femmes militant pour leurs droits je les retrouve dans d’autres mouvements de lutte, comme celui pour le climat et l’environnement. Elles revendiquent un « éco-féminisme », un mouvement prenant en compte de la même manière les oppressions entre les genres et celle de l’humain sur la Terre. Et bien-sûr elles sont présentes dans le combat LGBTQIA+. Dans une joie rayonnante, elles viennent avec leurs drapeaux colorés, leurs slogans, leurs chants et leurs cris, faire face à la “Manif pour tous”, faire face à la haine de celleux qui leur interdisent de s’aimer en paix. Sous un grand soleil automnal ou sous la pluie torrentielle de janvier, elles se tiendront toujours fières et fortes pour leurs droits.

Et nous, photographes, nous suivons les marches et les manifestations, tentons de témoigner, d’immortaliser.

Et puis il y a les images pleines de sens, celles dont le symbole dépasse toute critique technique ou esthétique. Celles qui n’ont pour seule qualité le message qu’elles dégagent. Sur une place en centre ville, une trentaine de femmes. se tiennent debout, immobiles, le regard droit et presque vide. Certaines se prennent la main, certaines laissent couler de leurs yeux rouges quelques larmes. Toutes différentes, hétéroclites, des vies uniques, des passés singuliers mais un point commun les unit ici et maintenant. Toutes victimes de violences, d’agressions sexuelles, de viols. Elles portent leurs témoignages, une phrase suffit pour décrire leur souffrance et pour certaines aujourd’hui, leur deuil. Une main enlace une autre, se pose sur une épaule, elle veut dire « je te crois ». J’essaie de m’effacer, de disparaître, de les laisser hurler, elles sont les combattantes, je ne suis que témoin. Le.la photographe ne sera jamais sur ses photos, il.elle n’est là que pour écrire ce qu’il s’est passé, il.elle est là pour regarder, et capturer ce regard. Mais parfois pourtant, il m’arrive, de me joindre à elles, de laisser tomber mon appareil, laisser les larmes couler de mes yeux, les cris sortir de ma bouche, mon poing se lever et se fondre parmi les leurs.

Action avec NousToutes 

 

Collages

 

Contre la manif pour tous

 

Je te crois

 

Marche féministe

 

Marche pour le climat

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Anna Viallet

J'ai 19 ans et j'habite à Annecy (74). Après trois années en sport études alpinisme durant lesquelles j'ai découvert une grande passion pour la photographie, j'ai choisi de faire des études littéraire. En 2020 j'ai décidé de m’engager dans de nombreuses luttes militantes. Je suis aujourd'hui membre du mouvement Youth for Climate, l'association Nous Toutes, et plusieurs collectifs de collages féministes de différentes villes. J'ai toujours contribué au combat militant à travers la photo.

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