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Cher ami, chère amie,

A ce stade très préliminaire de notre relation, il me semble essentiel de faire connaissance et de me présenter à vous.

Peut-être savez-vous qui je suis ?

Situé entre les cuisses, au niveau du sexe, je mesure une dizaine de centimètres environ, cela peut varier selon les personnes.

Je possède un gland ainsi qu’un corps caverneux, et suis reconnu pour mon hospitalité grâce à mes bulbes vestibulaires très accueillants.

Quand je suis excité, je gonfle et m’allonge, alors que quand j’ai peur, je me recroqueville.

Mes particularités ?

Je suis plutôt discret, à l’œil nu vous ne pouvez voir que ma tête, plus communément appelée le gland, tout le reste de mon organe étant bien au chaud à l’intérieur du corps.

Je n’ai qu’une seule fonction : je peux donner du plaisir. Mon organe entier sert à donner du plaisir, quel que soit le côté par lequel vous m’aborderez, à l’intérieur ou à l’extérieur, je ne suis que plaisir. Et je ne sais rien faire d’autre.

Mes voisins de palier ? Le vagin et l’urètre, notamment.

Vous ne m’avez toujours pas reconnu ? Je comprends, vous n’êtes pas seul-e.

Souvent les gens ne me connaissent pas du tout, ils et elles croient préférer le vagin et ne comprennent ni mon utilité ni mon fonctionnement. Peu savent que je suis si grand et si mobile.

De tous temps, à travers tous les continents, j’ai été ignoré, malmené, torturé, mutilé. Considéré comme un criminel car trop grand, comme un danger car trop excité ou encore comme responsable de terribles maladies, les hommes du monde entier n’ont eu de cesse de vouloir me raccourcir, malgré mon innocence.

Pourtant je suis un grand sensible, je ne souhaite que le bien et grâce à moi, les femmes ainsi que toutes les personnes qui me possèdent, se sentent souvent mieux. Et si elles ne veulent pas s’occuper de moi, je sais rester discret et attendre que le besoin de mes services se fasse sentir.

Ah, ça y est vous me remettez ? Vous m’avez croisé dans un manuel scolaire cette année ? C’est une chance, en France, un seul me mentionne et depuis peu, seulement 2017. Une si faible reconnaissance pour tout ce travail accompli auprès des femmes depuis des milliers d’années…

Mon nom ? C’est du grec, il signifie « petite colline », il m’a été donné il y a presque 2000 ans par quelqu’un qui me connaissait mal mais qui avait compris que je servais la cause des femmes et celle du plaisir. Depuis, mon histoire est une succession de découvertes et d’oublis, tout à fait passionnante qu’il faudra absolument que je vous raconte. Permettez-moi un peu de nombrilisme, ce n’est pas tous les jours que j’en ai l’occasion. La prochaine fois notamment, je vous raconterai ce qu’un célèbre psychanalyste a dit de moi et qui a détruit la sexualité de milliers de femmes, filles, personnes transsexuelles…

Pour conclure cette rapide présentation, j’attire votre attention sur une chose qui me paraît essentielle. J’ai certes une fonction que je trouve formidable, (celle du plaisir). Toutefois, sans mon associé, le cerveau, je ne peux rien faire. Il ne suffit pas de me connaître et de me toucher pour s’enfoncer dans les méandres du plaisir voire de l’orgasme. Si le cerveau n’y est pas prêt, ne le veut pas, s’il a été abimé ou attaqué, il peut très bien ne pas être réceptif du tout. Nous marchons de concert et nous devons tous les deux être pris en compte, au moins à égalité. Le désir, l’excitation, le respect et le consentement sont souvent nos meilleurs alliés.

Ainsi, il m’arrive d’être incapable de donner du plaisir, de remplir ma fonction, car nous avons été agressés, forcés, violés, maltraités, lui, moi ainsi que le reste du corps.

Il m’arrive également très souvent d’être incapable de donner du plaisir car je suis méconnu, oublié, car j’inspire parfois une telle honte, un tel dégout que je n’arrive pas à procurer du bien être à tout le reste du corps, malgré les milliers de nerfs qui me constituent.

Souvent je me compare aux autres de mon espèce, résidant sur d’autres corps. Je les trouve mieux, je le trouve plus beaux, plus discrets, plus forts… et ça me coupe les bulbes.

A contrario, il m’arrive parfois de procurer du plaisir contre mon gré, pour des raisons que personne ne maîtrise, à des moments où, pourtant, ni moi ni le cerveau ne le souhaitons.

C’est comme ça, je suis incontrôlable. Je réponds à des lois dont personne n’a le secret car ce sont mes propres lois. Mais si vous prenez le temps de me découvrir, de me toucher, d’apprendre à m’aimer, seule, à deux ou à plusieurs, alors peut-être que nous réussirons à vivre de belles et grandes aventures ensemble !

Bien sexuellement vôtre,

Le clitoris.

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Juliette Vogt

Juliette Vogt est une militante engagée pour la défense des droits des femmes depuis près de 10 ans. Après cinq années passées au sein de l’association Excision, parlons-en ! en tant que chargée de projet, elle a rejoint le Collectif Prévenir & Protéger comme chargée de projets et continue à sensibiliser autour de la question du clitoris, de la sexualité et du plaisir.

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