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Chère amie, cher ami,

Avant tout, je vous souhaite une excellente année 2021, qu’elle soit surtout riche de plaisirs et de découvertes, et que nous passions beaucoup de temps ensemble…

Aujourd’hui je souhaite vous parler de mes ennemis. Un de mes ennemis en particulier. 

Il peut sembler curieux que moi, organe inoffensif, dédié exclusivement au plaisir et au bien-être, je puisse avoir des ennemis, pourtant c’est bien le cas.

Un des plus récents, et qui m’a fait beaucoup de mal – et m’en fait encore malgré sa mort il y a presque cent ans – est celui qu’on appelle le père de la psychanalyse, j’ai nommé Sigmund Freud. Difficile d’avoir pour ennemi cet Autrichien de la fin du XIXème et du début du XXème. Connu et respecté pour avoir inventé la psychanalyse, il est cité et vénéré encore aujourd’hui, dans l’Europe entière, pour ne pas dire le monde entier.

Pourtant il ne m’aimait pas et me le fait encore payer. En effet, Sigmund est également celui qui a renforcé et théorisé le mythe de l’orgasme vaginal. Distinguant le vagin du clitoris, il prétendait que « les vraies femmes » avaient des orgasmes vaginaux tandis que celles qui ne pouvait jouir « que » par le clitoris étaient des petites filles, coupables d’immaturité.Ce faisant, il me réduisait à un organe d’environ 2mm (certes ce n’est pas la taille qui compte mais enfin quand même) et surtout, il condamnait à la frigidité des générations de femmes. Cette théorie avait pour objectif de positionner la pénétration au centre de l’acte sexuel, reléguant au rang de préliminaires tout ce que nous appellerons la sexualité non pénétrative.

Pourtant, qui me connaît sait à quel point chaque partie de mon organe est sensible, des bulbes vestibulaires jusqu’au prépuce. En majorité, les femmes – et toutes personnes possédant un clitoris – sont plus réceptives au plaisir et aux orgasmes lorsque c’est mon gland et mon corps qui sont caressés, léchés, frottés etc. La pénétration peut me mener à l’extase mais ce n’est pas le plus courant. Mes bulbes vestibulaires font ce qu’ils peuvent mais ce ne sont pas les plus efficaces !

Ainsi, depuis près d’un siècle (avant aussi mais vraiment le XIXème c’était pas mon siècle), un rapport sexuel est considéré comme tel uniquement s’il y a eu pénétration. 

Pourtant, cette dernière, si elle satisfait les hommes, ne satisfait que très peu les femmes. Ce qui a le plus de chances de satisfaire les femmes est aujourd’hui appelé préliminaires ! Entrées ! Amuse-bouche ! Apéritifs ! Et quand on n’a pas le temps, on les saute pour aller directement au plat de résistance. Si on a le temps on y passe, on en fait, mais c’est un passage, un intermède, avant d’arriver à la sacro-sainte pénétration, la raison essentielle de la rencontre, le cœur du sujet. Et généralement, dans ce cas, moi je m’ennuie.

Par conséquent je m’interroge. On entend souvent que je suis plus difficile à satisfaire que mon « homologue » le pénis. Que je ne marche que si mon/ma propriétaire est amoureuse, en confiance, se connaît bien, etc. contrairement au pénis, ce pauvre animal qui bande et jouit comme il éternue. Malgré le fait que, lorsqu’on prend le temps de le leur demander, les femmes qui se masturbent sont très nombreuses à indiquer que, atteindre l’orgasme seules peut leur prendre quelques minutes voire même quelques secondes.

Je me dis alors, peut-être que si j’étais plus connu, mieux expliqué, mais surtout que ces messieurs les hommes mettaient leurs pénis de côté pour ramener au centre du jeu mains et langues, peut-être que finalement je ne serais pas plus compliqué qu’un-e autre… Peut-être serais-je moins mystérieux, et femmes et hommes qui me possèdent seraient plus « faciles » à satisfaire ?

Par ailleurs, sans vouloir idéaliser les relations lesbiennes et mettre de côté les rapports de domination qu’on peut trouver également dans ces relations, les femmes homosexuelles sont tout de même plus nombreuses à connaître une meilleure sexualité que les femmes hétérosexuelles… 

Alors, j’ai envie de dire, si vous ne voulez pas qu’on finisse exclusivement entre nous, messieurs, haut les mains et les langues !

A la prochaine !

Le Clitoris.

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Juliette Vogt

Juliette Vogt est une militante engagée pour la défense des droits des femmes depuis près de 10 ans. Après cinq années passées au sein de l’association Excision, parlons-en ! en tant que chargée de projet, elle a rejoint le Collectif Prévenir & Protéger comme chargée de projets et continue à sensibiliser autour de la question du clitoris, de la sexualité et du plaisir.

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